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Gustave Doré : L’imaginaire au pouvoir

Frontispice pour Le Chat Botté par Gustave Doré, Publié par Charles Perrault, Conte, gravure sur bois, gravé par Adolphe François Pannemaker (1822-1900)
Frontispice pour Le Chat Botté par Gustave Doré, Publié par Charles Perrault, Conte, gravure sur bois, gravé par Adolphe François Pannemaker (1822-1900)

 

Ça vous tente une petite devinette?  Les années de sa naissance et de son décès correspondent à celles d’Édouard Manet, aujourd’hui célèbre pour la peinture « Le déjeuner sur l’herbe » qu’il a exposé au « Salon des refusés » en 1863. L’artiste que vous devez trouver est né à Strasbourg. Pour vous compliquer la tâche, il n’a pas fait parti du mouvement des impressionnistes et n’est pas ce que l’on qualifie de très célèbre. Je vous ai perdu ? Il s’agit de Gustave Doré; le connaissez-vous? Si ce n’est pas le cas, vous avez jusqu’au 14 septembre pour faire connaissance avec ses peintures, sculptures, dessins et caricatures  puisque le Musée des beaux-arts du Canada (MBAC) à Ottawa nous présente une rétrospective de son œuvre.

Gustave Doré est un autodidacte prodige. Dès 11 ans, il fait des caricatures. Vous en verrez d’ailleurs de très drôles où il se moque d’élèves-peintres tentant de reproduire les techniques dites classiques. À ce propos, Doré se sent victime de l’ordre artistique français. Il a été reconnu comme un « simple » illustrateur de livres et non comme un peintre et un sculpteur.

Il a, certes,  illustré une centaine de livres : Perrault, Dante, Cervantès, La Fontaine, Rabelais,etc. Il avait même le projet de dessiner Macbeth, mais il est mort avant de réaliser cette grandiose idée. Les récits de La Bible lui valurent une certaine notoriété mais il est davantage qu’un illustrateur. On lui reconnaissait tout de même un œil cinématographique. D’ailleurs, dès la moitié de l’exposition, des extraits de films tels La Belle et la Bête de Jean Cocteau, Les dix commandements de Cecil B. DeMille, Au nom de la rose de Jean-Jacques Annaud, nous sont présentés, auxquels ont été juxtaposés des croquis de Doré afin de nous démontrer son talent transposé au grand écran.

Artiste autodidacte prodige

L'énigme par Gustave Doré, 1871, huile sur toile
L’énigme par Gustave Doré, 1871, huile sur toile

Malgré le fait qu’il faille, à mon humble avis, absolument se déplacer au MBAC, je suis en désaccord avec l’ordre des sept grands thèmes de cette exposition. Je l’aurais préféré en ordre chronologique. Je vous explique ici mon opinion par cet exemple, entre autres. Vous verrez des peintures datées de 1875-1878, pendant ses voyages en Écosse. Les peintures sont particulièrement grandes. En admirant cette immensité transmise sur toile, on constate également un isolement, une certaine froideur dans le choix des couleurs.

Vous poursuivez votre découverte et apprenez dans la salle qui suit que Gustave Doré s’est enrôlé dans la Guerre franco-allemande en 1871; guerre qui se termina par la perte de l’Alsace-Lorraine, région natale de l’artiste. Il en est grandement affecté et son œuvre le sera aussi par la suite. À noter que trois toiles formant un triptyque sont réunies pour la première fois au musée depuis 1885 : L’aigle noir de Prusse, La défense de Paris et l’Énigme.

Ses peintures de paysages sont aujourd’hui hautement considérées, tout comme son oeuvre documentaire. Gustave Doré avait un intérêt pour les voyages. Il en a retiré nombre de créations sur les laissés-pour-compte, que ce soit les pauvres d’Angleterre et d’Espagne, ceux de la Commune de 1870 ou… ceux de la mythologie. Il ne s’intéresse en effet pas du tout aux dieux de l’Olympe, mais aux Titans.
Eric Clement dans La Presse: Gustave Doré le prodigieux

Souvenir de Loch Lomond, par Gustave Doré, 1875, huile sur toile
Souvenir de Loch Lomond, par Gustave Doré, 1875, huile sur toile

Je vous laisse avec cette inscription près de la peinture « Le funeste voyage du vieux marin » puisqu’elle résume parfaitement les thèmes qui ont intrigué l’artiste : la fierté, la souffrance, l’ isolement, la rédemption, le hasard, le destin et le fantastique.

 Musée des beaux-arts du Canada (MBAC)
Horaires : tous les jours de 10h à 17h sauf le  jeudi 10h à 20h
Tarifs – Adultes: 12$,  Enfants de -12 ans: Gratuit
Audioguide: 6$

Site web de l’exposition présentée au MBAC

Critique par Maud Cucchi dans Le Droit d’Ottawa